Deux villes situées à la même latitude peuvent avoir des climats radicalement différents. Rome et New York se trouvent presque sur le même parallèle ; leurs hivers, leurs étés et leur végétation n’ont pourtant rien de comparable. Pour comprendre pourquoi, les géographes s’appuient depuis plus d’un siècle sur un outil simple : la classification de Köppen.
Sommaire
Un code à lettres, pas une carte de couleurs
Mise au point par le climatologue germano-russe Wladimir Köppen à la fin du XIXe siècle et régulièrement affinée depuis — notamment par Rudolf Geiger, d’où le nom parfois utilisé de classification « Köppen-Geiger » — cette méthode attribue à chaque climat un code de deux ou trois lettres, construit à partir des températures et des précipitations mesurées sur l’année. La première lettre indique la grande famille climatique, la deuxième précise le régime de précipitations, la troisième affine le régime thermique.
- A — climats tropicaux : température moyenne du mois le plus froid supérieure à 18 °C.
- B — climats arides : l’évaporation potentielle dépasse les précipitations reçues sur l’année.
- C — climats tempérés : hiver doux, mais présence d’une vraie saison froide.
- D — climats continentaux : hiver rigoureux marqué, écarts de température importants entre saisons.
- E — climats polaires : température moyenne du mois le plus chaud inférieure à 10 °C.
Une deuxième lettre précise ensuite le régime de précipitations : f pour humide toute l’année, s pour un été sec, w pour un hiver sec, m pour un régime de mousson. Paris se classe ainsi Cfb : climat tempéré (C), humide toute l’année (f), à été doux (b). Marseille, plus au sud, bascule en Csa : tempéré, mais à été sec (s) et chaud (a) — la signature classique du climat méditerranéen.
Ce que chaque lettre dit vraiment de la végétation
L’intérêt de ce code dépasse la simple météorologie : il permet souvent de deviner, sans avoir vu le paysage, quel type de végétation domine. Un climat Csa méditerranéen correspond presque toujours à un maquis ou une garrigue, adaptés à la sécheresse estivale prolongée. Un climat Dfc, subarctique à hiver très rigoureux, correspond à la taïga, cette forêt de conifères qui ceinture le Canada et la Sibérie. Un climat Af, équatorial humide sans saison sèche marquée, correspond à la forêt tropicale dense. Cette corrélation n’est pas un hasard : Köppen a lui-même construit sa classification en s’appuyant largement sur les grandes zones de végétation déjà cartographiées par les botanistes de son époque.
Pourquoi deux villes de même latitude divergent
La latitude détermine l’angle d’incidence du soleil et donc l’énergie reçue en moyenne — mais elle est loin d’être le seul facteur. Trois éléments viennent la corriger fortement :
- La continentalité : l’éloignement à l’océan amplifie les écarts de température entre été et hiver, un océan jouant un rôle tampon thermique que l’intérieur d’un continent ne possède pas.
- Les courants marins : le Gulf Stream réchauffe sensiblement les côtes d’Europe occidentale par rapport à des latitudes comparables côté américain, ce qui explique en bonne partie l’écart entre le climat de la façade atlantique française et celui de la côte est des États-Unis.
- Le relief : l’altitude fait chuter la température d’environ 0,6 °C tous les 100 mètres en moyenne, et une chaîne de montagnes peut bloquer les masses d’air humide d’un côté, créant un contraste marqué avec le versant opposé.
C’est cette combinaison qui explique l’écart entre Rome (Csa, méditerranéen) et New York (Cfa, climat tempéré humide à été chaud, sans saison sèche marquée) malgré une latitude presque identique : la façade est des États-Unis subit une continentalité plus marquée et ne bénéficie pas de l’effet tampon que la Méditerranée procure à l’Europe du Sud.
Un troisième niveau, pour affiner encore
Certaines lettres se combinent avec une précision supplémentaire, la troisième position du code, qui qualifie l’intensité thermique de l’été ou de l’hiver. Ainsi a désigne un été chaud (température moyenne du mois le plus chaud supérieure à 22 °C), b un été tempéré, et c un été frais et court, typique des climats subarctiques. Un Dfb, climat continental humide à été tempéré, décrit assez bien la végétation de forêt mixte que l’on trouve au Québec méridional, tandis qu’un Dfa, à été plus franchement chaud, se rapproche davantage du climat continental du Midwest américain, où les étés peuvent devenir étouffants malgré des hivers tout aussi rigoureux.
Cette granularité explique pourquoi la carte mondiale de Köppen compte au total une trentaine de combinaisons de lettres différentes, chacune associée à un cortège végétal et à un régime saisonnier suffisamment reconnaissable pour être appris sans formation scientifique poussée.
Un outil largement adopté, mais pas figé
La classification de Köppen reste, plus d’un siècle après sa création, la référence la plus utilisée en géographie scolaire et universitaire pour cartographier les climats du monde. Elle présente cependant des limites reconnues par les climatologues eux-mêmes : construite sur des moyennes climatiques de long terme, elle peine à représenter des situations locales très contrastées, comme les microclimats de montagne ou les zones côtières étroites. Plusieurs versions actualisées de la carte mondiale, intégrant des données climatiques plus récentes, ont été publiées depuis les années 2000 par différentes équipes de recherche, avec des frontières de zones parfois légèrement discutées selon la période de référence choisie. Pour la France, Météo-France publie des données climatiques de référence qui permettent de vérifier concrètement dans quelle zone Köppen se situe une ville donnée.
Une lettre à chercher avant de partir
Repérer le code Köppen d’une destination avant un voyage donne une indication bien plus fiable qu’une simple moyenne de température : il renseigne d’un coup sur le régime des précipitations, l’écart entre saisons et le type de végétation à attendre. Nous nous appuyons régulièrement sur cette classification dans notre rubrique Destinations & Géographie pour expliquer pourquoi un paysage ressemble à ce qu’il est, plutôt que de se contenter de le décrire.




